Lakes

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Après avoir longtemps écumé le littoral par beau temps, je suis allé me ressourcer au bord des lacs alpins, à la morte saison, entre un hiver finissant et un printemps incertain. Le lac y ressemble à un décor déserté par les acteurs : les arbres sont nus, les terrasses vides, les transats oubliés, les ampoules de la fête estivale éteintes.

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Le ciel est bas, la lumière sans source ; la palette se réduit à des gris, des bleus froids, des verts éteints. Cette désertion installe une contemplation un peu inquiète, teintée de douceur romantique : celle des brumes, des horizons fondus, des surfaces qui se confondent avec le ciel. Certaines photographies flirtent avec l’abstraction, lorsqu’elles se résument à une forme, un aplat de gris, un trait d’horizon.

L’eau, qui devrait être le sujet principal, s’étale partout et nulle part. Indifférente, elle occupe le centre de chaque image comme un vide que viennent border les objets placés au premier plan, plongeoirs, rambardes, abris. Le lac, même déserté, apparaît alors comme un espace meublé, signalé, réglementé, et ces vues deviennent une enquête sur l’aménagement du regard.

Elles retiennent ainsi un sentiment familier à quiconque s’est tenu seul devant un lac un jour de grisaille : la beauté est là, évidente, et pourtant retenue. On regarde longtemps sans que rien ne se passe, et ce « rien » finit par devenir le sujet.

Plus qu’un portrait de lieux, la série compose une grammaire du bord : bord de l’eau, bord de la saison, bord du visible. Le lac y est une surface d’attente, un miroir mat qui ne rend rien et que l’on continue pourtant d’aménager, obstinément, afin de pouvoir le regarder.