CALAIS
ENVERGURES DE LA MER
Le paysage maritime est l’inspiration qui permet à Pascal Michalon d’amener la photographie à célébrer la couleur dans ses moindres nuances et dans l’appariement des complémentaires. Bien que ses images n’aient rien à voir avec la peinture, chaque prise de vue prend l’allure d’un tableau et cette impression qui saute aux yeux est due, en grande partie, au choix qu’il fait du format carré.
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Privée de l’extension de long en large, la mer se distingue dans une lecture de bas en haut ou de haut en bas et, ainsi circonscrite, son envergure évolue au fil des plans : d’une aire étroitement délimitée dans l’espace cadré, elle peut en envahir toute la superficie.
La mer, de nature incertaine, apparaît impassible face à la visée de la photographie riveraine. Elle n’est parfois qu’une ligne de démarcation entre le ciel et la terre comme pour justifier le nom de « pont » que lui accorde Virgile (Pontus maris). On peut voir au jusant, la mer plus bleue que l’azur, derrière le lit refait d’une plage aux galets ruisselants. Le photographe saisit sa bleutée comme une ligne d’horizon élargie entre les boursouflures des nuages et les remous ondoyants de la houle. Mais par endroits, le bleu disparait complètement : habitée par les algues, la mer devient verdoyante et dépose ses salades aux pieds de pieux disposés en palis sur le sable pour réfréner la violence des marées ; dans les salines, elle étale une teinte de girasol issue de ses fines emblavures de limon rose. Il faut une mer calme pour créer des images où la juxtaposition des couleurs donne la mesure des éléments constituant un paysage.
On trouve peu de présence humaine dans cette série de Pascal Michalon : de rares marcheurs qui ont entendu dire que l’odeur de l’iode, pourtant inodore, est excellente pour la respiration ; deux pieds bronzés appartenant à un corps caché par une bicoque de bois blanchi. Les cabanons de guingois, d’autres érodés par le sel, les poteaux, les pilonnes, quelques bancs publics inoccupés laissent à penser que ces lieux connaissent des visiteurs. Dans chacune de ces allusions, le champ marin est considérablement rétréci, présent mais secondaire, perdu entre deux baraques, noyé dans les dominantes de blanc des lattes de bois et du mobilier estival. Pourtant, l’intervention du blanc est l’occasion pour la photographie de retenir le graphisme des pans de mur de traviole, des constructions bancales, des lignes obliques ou brisées comme une chorégraphie silencieuse en l’honneur de la mer.
Au centre de cette série, deux polyptyques sont consacrés aux envergures extrêmes de la mer. Le premier est composé de trois photographies où l’on ne voit d’abord que deux couleurs, le bleu et le beige, qui divisent le tableau carré en deux parties égales, à la manière de Rothko. En se rapprochant, on distingue qu’il s’agit du ciel et d’une plage de sable. La mer, au centre horizontal, n’est plus qu’un mince filet où se sont fondues les couleurs dominantes.
Le second polyptyque est composé de quatre images quasi monochromes : aucun horizon ne sépare la mer légèrement houleuse et le ciel à peine plus lumineux qu’elle. Une brume humide recouvre et fusionne progressivement ces deux parties au point qu’on ne saurait dire lequel, du ciel ou de la mer, remplit le tableau si l’ombre infime d’un bateau ne venait servir de repère. D’aucuns verraient ici un extrait de ciel ou de mer (au choix) à la manière de Turner. Mais ces références à la peinture ne disent rien de l’impression de rêve mêlé de réalité que nous procure la libre précision de l’œilleton photographique.
Il reste un point qu’il est inutile d’éclaircir : où ces photos ont-elles été prises ?
De la même façon que tout carré peut être circonscrit par un cercle, les formats carrés de Pascal Michalon sont auréolés des lieux qui les ont vu naître. Qu’importe qu’il s’agisse de la Baltique, de l’Atlantique ou de la Méditerranée, Il n’est question dans ce projet que de célébrer la mer.
Robert PUJADE











